A la recherche d'El Dorado
...encore un peu de poésie extraite du web
Marcher dans le pas des glaneurs tels des chercheurs d'or en quête de l'ELDORADO
Camargue : A gauche le canal, à droite les marais ; cahotés par la digue à peine praticable, nous sommes arrêtés à 1 kilomètre de la mer.
L'eau, poussée par le mistral, a creusé un chenal qu'il est impossible de traverser en voiture.
Chargés de sac à dos, nous nous déchaussons et marchons sur le bord du marais, mouillant nos genoux, pour traverser l'obstacle liquide.
Ici, c'est "Terra Incognita", une indicible angoisse se mêle à notre enthousiasme - sensation d'être des enfants face à l'inconnu.
Ce lieu, sous ses aspects merveilleux est rude pour le "vivant".
Lors des "coups de mer hivernaux", les vagues enjambent allègrement les digues pour déferler sur la terre craquelée, poussant et traînant avec elles, en elles, d'énormes bois flottés que l'on trouve parfois à des centaines de mètres du rivage, esseulés.
Le sac et le ressac rythment notre marche, de longues plages de sable fin s'intercalent entre des sites protégés par les épis de pierres où la végétation vient prendre racine dans la mer.
Notre but : atteindre l'embouchure du petit Rhône quelque 5 Km plus loin puis, revenir sur nos pas et convertir la promenade en quête.
Un abri, une grande cabane construite de troncs de bois flottés empilés nous accueille pendant que les oiseaux de mer - seuls êtres rencontrés - survolent nos têtes balayées par le vent.
Quelques minutes de repos puis, goût du café sur les lèvres, nous poursuivons notre balade.
Les bois flottés sont légions - l'embouchure est proche - un véritable cimetière de "petits et grands voyageurs échoués".
Les brindilles amoncelées tiennent compagnie à des troncs de plus de 20 mètres de long ; ces squelettes d'arbres - témoins de la puissance et de la violence des éléments naturels - parfois couchés sur les digues, parfois dressés face à la mer, semblent guetter quelque chose au loin qu'humains nous ne verrons jamais.
Terminus. Amarré de l'autre côté du fleuve, un bateau à aubes style "Mississipo-Camarguais", le Tiky, se dessine en premier plan des Saintes Maries de la mer.
Enfin parvenus à la source de notre "désir de création", au coeur du système naturel qui consiste à voir les arbres descendre les fleuves
puis s'échouer sur le sable pour être ensevelis et consolider les dunes, il est temps de faire une pause déjeuner.
Requinqués par nos sandwichs saupoudrés de grains de sables, nous reprenons notre marche et, chemin faisant, glanons quelques pièces qui nous inspirent pour l'élaboration de nos futures sculptures ou nous attirent par leur intrinsèque beauté.
Au fur et à mesure, les sacs se font lourds et le sable bien plus mol qu'à l'aller ; cependant, nous marchons inlassablement, les yeux rivés au sol, zigzagant entre les amas de bois, se baissant des dizaines de fois, émerveillés de chaque découverte, presque oubliant le vent qui redouble de violence et le déclin du soleil. Dernière halte, le sommet de la digue nous accueille.
Dernier regard au bleu de la mer dont la courbe envahit l'horizon, à ses milliards de mètres cubes assoupis, au corps de cette "chose" informe d'une infinie puissance que nul ne peut entraver.
Quelques minutes de pure contemplation passent, le temps des questions poétiques"... Si la mer est le berceau de l'humanité et les vagues le mouvement de va et vient du balancier, qui berce la mer ?" ... le froid nous gagne, il faut rentrer.
De nouveau nos pieds nus pénètrent dans l'eau, deux ombres longues nous précèdent sur les derniers mètres de marche, et le soleil, boule orange, semble attirer à lui le marais qui se soulève.
Notre précieuse récolte déposée dans le coffre, nous nous engouffrons dans l'habitacle, échevelés et frissonnants.
Nos oreilles bourdonnent, c'est comme saouls que nous prenons le chemin du retour guidé par les phares pour retourner sur Arles.